Des enfants sénégalais (ph : kanal150.com)
© AfriSCOOPLa pauvreté des ménages ruraux est la principale cause de la vulnérabilité et de la mobilité des enfants au Sénégal, selon une étude menée par des chercheurs de l’ Institut norvégien de recherche sociale (FAFO) et de l’Ecole nationale sénégalaise d’économie appliquée (ENEA).
L’étude, commanditée par la Banque mondiale et présentée à Dakar, indique qu’il y a au Sénégal "environ 290.000 enfants qui ne vivent pas avec leurs parents".
"Ces enfants quittent leurs familles pour des études coraniques (talibés) pour les garçons et des raisons sociales (femme de ménage) pour les filles", explique Anne Kielland, chercheuse à FAFO. Selon elle, ce départ des enfants vers les centres urbains se fait pour deux-tiers d’entre eux "avant l’âge de huit ans".
Dans la plupart des cas, confie-t-elle, "le père qui décide du départ de l’enfant, même si parfois la décision de partir vient de l’enfant lui-même qui demande l’intervention de la mère auprès de son père".
Selon les chercheurs, Dakar n’est pas la destination principale des enfants talibés contrairement à ce qu’on croit.
"Le nombre total d’enfants talibés au Sénégal est estimé à 72. 000 et la majorité d’entre eux sont originaires de la zone arachidière" (centre-nord), affirme Maurizia Tobo de la Banque Mondiale. Ces spécialistes établissent un lien entre l’envoi des enfants vers les centres urbains et les changements climatiques.
"53 des ménages qui ont subi un choc climatique comme par exemple la sécheresse ont envoyé au moins un enfant à l’extérieur de leur ménage. En moyenne 24% des ménages ont envoyé au moins un enfant à un marabout itinérant", indique Gilberte Hounsounou, consultante.
Bien qu’ils soient accueillis dans des ménages mieux que leur ménage d’origine, les conditions de vie des enfants talibés ne sont pas meilleurs : "ils manquent d’affection parentale, ne sont pas scolarisés et sont exposés à des dangers", constate Anne Kielland.
Dans un rapport publié récemment, Human Rights Watch (HRW), une ONG des droits de l’homme, note que de nombreux marabouts se servent de l’éducation comme prétexte pour exploiter économiquement les enfants à leur charge.
"Des dizaines de milliers d’enfants fréquentant des daaras ( école coranique) au Sénégal sont soumis à des conditions qui s’ apparentent à l’esclavage. Dans plus de 100 daaras, le marabout recueille 20.000 à 60.000 dollars américains par an grâce à la mendicité", indique l’ONG.
L’étude consacrée spécialement à la région de Kolda (Sud du Sénégal), une des localités où provient un nombre important d’ enfants talibés, renseigne que 11% des enfants de cette région ont migré.
Le montant d’argent envoyé par les enfants déplacés à leur famille explique en partie, selon les chercheurs, leur mobilité dans cette région, où le taux de pauvreté est le plus élevé du pays, 66,5%.
"Le départ de ces enfants est considéré par les ménages comme un investissement pour le futur", indique Abou Gaye chercheur à l’ ENEA.
Les chercheurs estiment que le renforcement du pouvoir des femmes au niveau des ménages peut atténuer la mobilité des enfants, surtout leur envoi dans des "daaras". (Xinhua)
(AfriSCOOP Cotonou) —Luronne Dossou, étudiante en troisième année de sciences juridiques, est (...)
(AfriSCOOP Analyse) — Le suivi de sitcoms occidentaux ou de feuilletons à l’eau de rose (...)
Depuis 2005, l’hivernage rime avec inondation dans la banlieue dakaroise. Les quartiers (...)