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Interview
mardi 9 août 2011  par L’Observateur Paalga - Burkina Faso

Mois de Ramadan : De la sexualité pendant le jeûne

Photo : DR

« La sexualité, en dehors de la copulation, n’a pas d’interdit pendant la journée du mois de Ramadan et la femme indisposée peut préparer le repas du jeûneur ».

Ces propos de l’Imam Ismaël Tiendrébeogo du Centre d’étude, de recherche et de formation islamique (CERFI) et de l’Association des élèves et étudiants musulmans au Burkina (AEEMB), résument la conduite sexuelle que doivent observer les adeptes de Mahomet pendant la durée du quatrième pilier de l’Islam.

Egalement auteur de l’ouvrage ‘’La sexualité du couple : conseils pratiques pour une vie de couple plus épanouie’’ publié en 2008, notre interlocuteur énumère dans l’entretien qui suit des comportements recommandés pour cette période où certaines pratiques de la vie courante requièrent des mesures particulières.

Beaucoup de gens, y compris des musulmans, se posent souvent la question de savoir si les rapports sexuels sont tolérés ou interdits pendant le mois de Ramadan ?

Pendant le mois de Ramadan, les rapports sexuels sont interdits pendant la durée de jeûne que l’on observe, lequel est fait de trois abstinences principales : l’abstinence de manger, celle de boire et celle de la copulation. Mais la copulation est concernée seulement durant la journée de ce mois. Dès qu’on rompt le jeûne, pour peu qu’on ne soit pas en retraite pieuse pendant les dix derniers jours du mois, il n’y a pas d’interdiction à avoir des relations sexuelles avec son conjoint.

Donc le couple peut continuer à avoir des relations sexuelles ; il doit seulement respecter la tranche consacrée à l’abstinence de manger et de boire ?

Avant la fin du jeûne, la sexualité peut prendre une autre forme. Elle peut être traduite en des embrassades comme le faisait le Prophète, en des propos doux à l’endroit de son conjoint, l’homme peut aussi aider sa femme dans la cuisine et la femme peut s’intéresser à ce que l’homme fait. La sexualité, en dehors de la copulation, n’a pas d’interdit pendant la journée du mois de Ramadan. Il n’est pas non plus interdit d’autres formes de sexualité avec son épouse qui est dans son cycle menstruel à condition bien sûr d’éviter la copulation. On va donc se départir de toute pratique qui va jusqu’à une excitation sexuelle productive, c’est-à-dire qui fasse éjaculer l’homme ou lubrifier la femme ; dans ce cas, il y a rupture du jeûne.

Existe-t-il d’autres types de rapprochements, ou de marques d’affections recommandés aux couples pour le mois de Ramadan ?

En dehors des aspects que nous connaissons comme étant des formes de sexualité, l’islam a voulu que dans la vie de couple, l’homme et la femme vivent une certaine harmonie. Au temps du Prophète, il se lavait avec son épouse Aïcha et il faisait même des courses à cheval avec elle. Une fois, il a pris le pagne taché de menstrues, ce que nous les hommes nous considérons habituellement comme sale, et par amour pour sa femme, il l’a lavé. Le lendemain, Aïcha était étonnée de voir que malgré le statut de son mari devant Allah et devant les hommes, cela ne l’a pas rendu orgueilleux au point de ne pas rendre service. Elle disait que chaque fois que le prophète revenait à la maison, il était disponible pour aider les uns et les autres, il jouait avec tout le monde et c’est lorsqu’on annonçait la prière qu’il s’en allait. Et cela devrait être le comportement de chaque musulman car le Coran nous dit dans la sourate 33 que « vous avez en le Messager un excellent modèle pour quiconque croit en Dieu et espère au jour dernier ».

Mais pour ceux qui ne sont pas mariés, comment doivent-ils vivre leur sexualité pendant cette période ?

Le verset 32 de la Sourate 17 nous dit : « N’approchez pas de la fornication, c’est une voie pernicieuse et un chemin plein d’embûches ». Même en dehors du mois de Ramadan, il est interdit d’avoir des rapports sexuels avec une personne avec laquelle on n’est pas marié. Le Prophète a dit dans un Hadith que « l’homme commet un péché aussi pire que celui de déposer sa semence dans un réceptacle illicite ». Autrement dit, le fait de produire sexuellement dans l’appareil génital d’une personne avec laquelle on n’est pas marié religieusement.

Le cycle hormonal de la femme requiert des dispositions particulières pour certains rites de la religion. Déjà, dans quelles conditions dit-on qu’une femme est indisposée en Islam ?

La femme indisposée est celle-là qui est dans son cycle menstruel ou qui est dans ses lochies, c’est-à-dire le sang que la femme perd après l’accouchement jusqu’au retour des couches. Certains musulmans estiment cela à quarante (40) jours après l’accouchement et d’autres pensent qu’ils sont un phénomène physique, et il faut juste constater son interruption pour commencer son cycle de prière, son jeûne et les autres cultes. Pour la femme qui se trouve dans son cycle menstruel, il suffit d’attendre la fin de l’écoulement du sang, elle se purifie en se lavant et elle recommence ses prières. Mais il arrive des moments où certaines femmes sont perturbées par un type d’écoulement de sang conduisant à une confusion entre le sang menstruel et le saignement d’une hémorragie ordinaire. Là, les savants musulmans disent de vérifier. S’il s’agit d’une femme réglée au préalable, de prendre la moyenne de ses règles car il se pourrait qu’il s’agisse d’un saignement hémorragique. Mais au-delà d’une semaine, il est conseillé d’aller en consultation car cela pourrait cacher des déséquilibres hormonaux ou une hémorragie qu’elle fera mieux d’arrêter avant que ce ne soit plus grave.

Une femme indisposée peut-elle alors observer le jeûne ?

Elle ne peut pas faire le jeûne, ni la prière, ni certains rites du pèlerinage. Elle s’en abstient jusqu’à ce qu’elle se purifie du sang de ses menstrues ou des lochies. Et elle n’a pas à rattraper les prières qu’elle a ratées du fait de ses menstrues. Mais pour ce qui est du jeûne, elle doit rattraper une fois que le Ramadan est passé. Elle doit rattraper les jours qu’elle a ratés, et accessoirement jeûner pendant les six (06) jours subrogatoires suivant immédiatement le mois de Ramadan. Elle doit jeûner les trente jours et les six jours du mois de Chawwal (Ndlr : 10e mois du calendrier musulman) pour faire trente-six jours. Comme le Prophète lui-même nous a dit, chaque œuvre est récompensée au décuple pendant le mois de Ramadan. Pour les trente-six jours de jeûne que nous allons observer, Allah va nous donner la récompense de celui qui aura jeûné pendant une année soit 30 jours + 6 x 10 = 360, à peu près donc l’année entière. Elle ne rattrape pas les prières mais elle doit rattraper le jeûne de préférence avant le prochain Ramadan. L’épouse du Prophète, Aïcha, le faisait juste dans la période précédant le Ramadan, c’est-à-dire Chaabane (Ndlr : 9e mois du calendrier musulman).

Est-ce que dans cet état d’impureté, la femme peut faire la cuisine pour son mari ou pour tout autre jeûneur ?

Quand on parle d’impureté, ce n’est pas la personne elle-même qui est impure, mais l’écoulement sanguin. Comme le sperme, l’urine, les selles, ce sont des éléments qui sortent du corps de l’homme dont le séjour prolongé en lui est source de douleur ; pour l’homme, ce sont ces éléments qu’on appelle souillure en Islam. Ce n’est pas la personne elle-même mais ce qui sort d’elle. Quand on dit qu’elle ne peut pas prier, cela ne veut pas dire qu’elle ne peut pas préparer ou faire autre chose. En dehors de cela, elle peut préparer pour son mari, elle peut traverser la mosquée, elle peut lire le Coran si l’interruption va perturber son processus d’apprentissage, elle peut réciter des versets pour se protéger. Il n’y a pas une interdiction absolue mais des réaménagements particuliers de ses actes d’adoration notamment ses prières et son jeûne.

Toutes ces dispositions ne peuvent-elles pas ébranler la foi des femmes ?

Pour ce qui est des menstrues, souvent les femmes ne sont pas souvent contentes de perdre un peu l’élan, de perdre des jours dans le mois de Ramadan. Mais, il faut rappeler que ce n’est pas un sort qu’Allah leur jette, mais, il a voulu que leur cycle hormonal fonctionne de la sorte. Elles pourront rattraper leur jeûne après le mois de Ramadan et, finalement, elles n’auront rien perdu. Pour celles qui ne voient pas leurs règles, il se peut que cela relève du fait qu’elles soient enceintes ou qu’elles allaitent. Si l’allaitement ou la grossesse peut être perturbé par le jeûne, on va inclure la femme dans la catégorie de personnes exemptées de jeûne. Elle va compléter le nombre de jours qu’elle aura manqués. La pratique en Islam ne nuit pas à la santé ou au bien-être de l’individu ; bien au contraire, on prend cela en compte au préalable avant de proposer quelque chose, comme Allah le dit : « nous n’avons pas mis de gêne dans votre religion »

Entretien réalisé par Moumouni Simporé (Stagiaire)

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