
La migration, un vecteur de développement
La migration, avec les transferts par les migrants d’énormes sommes d’argent, peut être un vecteur de développement au Sénégal, estiment des experts réunis récemment à Dakar autour de la gestion du flux migratoire.
Le Sénégal connaît en effet une forte dynamique migratoire depuis les années 1980 vers l’Europe et les Etats-Unis.
Selon Babacar Ndione, chargé de recherche à l’Organisation internationale des Migrations (OIM), les destinations traditionnelles des émigrants sénégalais sont la Côte d’Ivoire, la Gambie, la Mauritanie, le Gabon et la France.
"C’est à partir des années 80 à 90 qu’on assiste à un élargissement du champ d’émigration sénégalaise à d’autres espaces : Italie (27 500 sénégalais en 1993, près de 57 000 en 2005), l’ Espagne (3 190 en 1993, plus de 27 000 en 2005), Etats-Unis (10 000 en 2005)", précise M. Ndione.
Au total 1 68 953 Sénégalais sont partis à l’étranger de 1997 à 2001 soit en moyenne 33 790 par an, selon une enquête sénégalaise auprès des ménages.
Les principales zones de départs sont la vallée du fleuve Sénégal, premier pôle d’émigration internationale. A partir des années 80 à 90, il y a eu une généralisation de la migration qui atteint toutes les régions du Sénégal, informe M. Ndione.
Parmi les facteurs qui montrent comment les migrants jouent un rôle important au Sénégal, on cite notamment les transferts de fonds, principal vecteur de développement, selon les experts. "Les transferts de fonds à destination du Sénégal sont un apport financier considérable qui, officiellement représente plus du quart des exportations, près de 7% du PIB et 82% des sommes reçues par le Sénégal au titre de l’aide publique au développement", explique la présidente de l’Alliance pour la migration, Ndioro Ndiaye.
Ces envois, utilisés à bon escient, permettraient, selon Mme Ndiaye, aux familles pauvres d’investir dans l’éducation, la santé et de participer au développement d’activités entrepreneuriales ou le financement d’infrastructures locales.
Un des effets accélérateur pour atteindre cet objectif, explique-t-elle, est "l’utilisation des compétences et des connaissances de la diaspora sénégalaise pour soutenir le renforcement des systèmes éducatifs tout en participant à la formation des populations".
Mais les experts notent au passage les obstacles aux transferts de fonds des migrants au Sénégal. Il s’agit entre autres, d’un secteur financier peu développé, des cadres légaux inappropriés, de la longueur, du coût élevé et de la complexité des transferts via les virements bancaires officiels.
Ils proposent, pour motiver ces transferts d’argent, une réduction des coûts de transfert par voie bancaire par la mise en concurrence des agences privées.
"Une combinaisons des transferts de fonds avec l’aide publique au développement ainsi que les subventions nationales du gouvernement pourrait constituer un instrument supplémentaire d’ accroissement du montant des transferts et de leur impact sur le développement", estime Mme Ndiaye.
L’importance de l’apport des migrants est ainsi synonyme d’ organisation.
"Si les migrations sont organisées et bien gérées, elles peuvent représenter un potentiel important pour les gouvernements, les communautés ainsi que d’autres parties prenantes à la fois dans les pays d’origine et de destination", affirme Babacar Ndione,
Au Sénégal, le bureau international du travail (BIT) informe et sensibilise les migrants en orientant les transferts d’argent vers des investissements productifs, ainsi que sur les droits et obligations des travailleurs migrants.
"Notre travail est centré sur l’éducation financière des travailleurs migrants et de leur famille, c’est-à-dire comment rationaliser les dépenses, favoriser les investissements productifs avec l’argent des transferts d’argent", confie Federico Barroeta, coordinateur régional du programme bonne gouvernance et migration et solidarité et développement du BIT.
Selon M. Barroeta, la migration est un vecteur de dynamisation de l’économie et le BIT "favorise la mise en place d’instruments comme par exemple des conventions qui garantissent les droits des travailleurs migrants".
En plus des transferts financiers, les associations des migrants participent depuis plusieurs décennies à la résolution des problèmes vitaux de leurs communautés.
D’après les experts, de nombreux travaux ont montré l’effet d’ entraînement et le rôle prépondérant des migrants internationaux dans la construction de leur pays d’origine.
Au Sénégal, les réalisations des immigrés les plus en vue sont des équipements sociaux : écoles, postes de santé, forage, etc.. Selon Ndioro Ndiaye, ces actions de solidarité communautaire concourent de manière significative à la lutte contre la pauvreté.
Par Nicolas LY
(Xinhua)
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