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Défilé du 14 juillet
lundi 19 juillet 2010  par Paul M. CARTIER, © AfriSCOOP
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Pourquoi l’Afrique francophone croit de moins en moins en Sarkozy

Nicolas Sarkozy entouré des chefs d’Etat africains lors du défilé du 14 Juillet (Ph : xinhua)

(AfriSCOOP Analyse) — Une simple parade de bataillons d’armées d’ex-colonies françaises ou territoires placés sous tutelle de la France mercredi dernier sur les Champs-Elysées a suffi à redonner un coup de fouet aux vifs débats sur la survivance de la « Françafrique » (du nom des relations incestueuses entretenues par Paris et les capitales africaines), en dépit de la promesse de Nicolas Sarkozy de la reconsidérer. Cette polémique autour de bruits de botte sur la plus célèbre avenue de la France montre à satiété que les peuples francophones d’Afrique vivent une forme particulière de néocolonialisme.

Sur les 17 Etats africains qui célèbrent en cette année le cinquantenaire de leurs indépendances, 14 (qui sont des ex-colonies françaises ou territoires placés sous tutelle des Gaulois) ont été conviés à honorer de leur présence la célébration du 14 juillet (fête d’indépendance de la France) par le biais de leurs chefs d’Etat. Une invitation au moyen de laquelle l’Elysée voulait rendre hommage aux tirailleurs africains qui « sont morts pour la France » durant les deux conflits mondiaux et célébrer à sa manière le cinquantenaire précité. 12 présidents de la République sur 14 ont répondu à l’invitation du successeur de Jacques Chirac, en emmenant dans leurs valises des bataillons de leurs armées. Mais voilà, cette attitude n’est pas du tout du goût de leurs gouvernés. « L’ancien oppresseur n’a pas le droit de célébrer avec les ex-opprimés la fin de sa domination illicite et sans partage », résume-t-on dans les rues d’Afrique ayant en commun la langue de Victor Hugo.

Les Francophones du continent noir pointent du doigt en premier lieu le manque de réciprocité dans les relations entre Paris et les capitales africaines d’expression française ; Nicolas Sarkozy n’ayant pas, jusqu’à présent, effectué un seul déplacement en direction de l’une des ex-colonies de sa terre d’adoption, à la faveur de la célébration de l’accession à la souveraineté internationale de ces ex-possessions françaises. L’acrimonie des habitants des 13 pays représentés mercredi dernier sur les Champs-Elysées a pris un goût plus aigre quand ces Africains ont assisté à un tir groupé des « oui » donnés par leurs présidents à la France à la faveur du 14 juillet. « Un dodelinement de la tête » à l’ancien maître, commentent certains. Un « dodelinement » de plus. Inacceptable 50 ans après les indépendances selon une bonne partie de l’opinion des ex-colonies de la France et territoires du continent noir placés sous sa tutelle. A moins de deux ans de la fin du premier quinquennat de l’ancien avocat Sarkozy, il est difficile de ne pas donner raison aux récriminations des peuples d’Afrique francophone contre les faits et gestes de la France en Afrique. Il serait plus juste de parler des corollaires de la survivance de l’hydre « Françafrique ». En dépit de la promesse à cor et à cri de la « rupture » par N. Sarkozy pendant la campagne présidentielle 2007 en France, rien n’a changé. Ou presque ! Formellement oui, matériellement non !!

A titre d’exemple, le discours du Cap (Afrique du Sud) du président français en 2007 a certes permis ces derniers mois la renégociation des célèbres « Accords de défense » entre le « maître » et ses anciens serviteurs au Togo, Sénégal, Côte d’Ivoire, etc. A long terme, Paris a pour ambition de gommer ses bases d’Afrique sur la carte de ce continent. Pour l’heure, ses militaires ont toujours l’arme au pied sur le sol d’Afrique. Sans calendrier précis de retrait définitif. Le reggaeman ivoirien, Alpha Blondy, pourra donc toujours chanter : « Armée française, allez-vous de chez nous. Nous ne voulons plus, nous n’en voulons plus (…) Nous ne voulons plus d’indépendance sous surveillance (…) ».

Au-delà des mouvements et échos de la grande muette…

L’Académicien français et ancien ambassadeur de l’Hexagone à Dakar (Sénégal), Jean-Christophe Rufin, n’est pas passé par quatre chemins pour dire haut ce qui grippe la machine de la « rupture » qu’a voulu mettre en branle Nicolas Sarkozy, à son arrivée à l’Elysée en mai 2007 : « Il s’agit de réseaux de lobbying qui cherchent à faire valoir les intérêts de tel ou tel régime africain auprès des autorités françaises. Je pense qu’ils sont trop écoutés ». Allusion non voilée aux nombreux « réseaux » que dirigent Claude Guéant, le secrétaire général de l’Elysée qui est de plus en plus vu dans le cercle d’influence de Paris en Afrique comme le « Jacques Foccart du 21ème siècle ». Les critiques de la « Françafrique » gardent encore des souvenirs frais autour du brusque limogeage en 2008 du secrétaire d’Etat Jean-Marie Bockel parce qu’il a voulu « signer l’acte de décès de la « Françafrique » », l’épisode amer de l’affaire « Arche de Zoe » (au Tchad) dans laquelle M. Sarkozy a lancé à la face de l’Afrique qu’il « ira chercher ses compatriotes où qu’ils se trouvent, et quoi qu’ils aient fait ». « Nous avons bien la volonté de rompre avec des attitudes passéistes dans les relations entre la France et l’Afrique, mais nous ne pouvons le faire sans une franche collaboration des dirigeants d’Afrique », confiait en 2008, à la faveur d’une Conférence internationale sur le financement du développement en Afrique par l’Hexagone, un ancien secrétaire d’Etat français qui a récemment été démissionné. Un peu comme pour témoigner de la bonne foi des nouvelles autorités françaises qui ont succédé à Jacques Chirac et à son profond attachement au « Gaullisme » en 2002, et appeler du coup les premiers responsables du continent berceau de l’humanité à plus de « realpolitik ».

De la « realpolitik », de l’ambition et de la volonté politiques, il en faudra par exemple à Paul Biya (au pouvoir depuis 1982) pour retrouver les hommes en treillis qui ont tué près de 200 Camerounais en février 2008 ; des Camerounais qui n’étaient pourtant que de simples émeutiers de la faim. Il faudra la même dose de « piqûre morale » à Faure Gnassingbé (arrivé au pouvoir en mai 2005 dans des conditions que lui-même a qualifiées d’« épouvantables ») pour faire la lumière sur la terrible répression qui s’est abattue sur ses compatriotes qui avaient commis le seul crime d’être descendus spontanément dans les rues le 26 avril 2005 pour contester les résultats d’une présidentielle organisée à la hussarde. La même « posologie » est à prescrire à Denis Sassou Nguesso du Congo pour éclairer la communauté internationale sur les « célèbres disparus du Beach de 1999 ».

Autant de vérités cardinales que les Africains qui partagent la langue de Molière aimeraient voir Nicolas Sarkozy rappeler à ses pairs africains lors de grandes retrouvailles comme celles du 14 juillet 2010. Ou carrément les contraindre à donner corps à ces « gageures précitées ». Sous les latitudes africaines, on est presque sûr d’une chose : les dirigeants en place n’opéreront pas tout seuls leur mue sous toutes ses coutures si l’Occident ne s’en mêle pas. Aux yeux de cette opinion, Nicolas Sarkozy aurait donc plus à gagner en pesant de tout son poids pour une « démocratisation plus accrue » de l’Afrique francophone s’il veut, d’une part, marquer des points auprès de son électorat originaire d’Afrique. Et d’autre part coller un peu plus à la réalisation de ses promesses électorales de 2007. Une concrétisation de promesses qui a déjà du plomb dans l’aile sur son volet purement hexagonal…

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